A
Dame
Philosophie!
Alexandre
Jollien La
construction
de soi Editions
du Seuil
Exercice
de
gratitudeC'est
à Marc-Aurèle
que
j'emprunte
cette
idée
: l'empereur
commence
ses
entretiens
avec
lui-même
en consignant
ce qu'il
soit
aux
autres:
de sa
mère,
écrit-il,
il a
préservé
la piété,
la propension
à donner
libéralement.
Diognète,
qui
l'initia
à la
peinture,
l'a
encouragé
à ne
pas
se perdre
dans
les
futilités.
Grâce
à Apollonius,
il cultive
l'indépendance
à l'endroit
des
choses
qu'accorde
puis
reprend
la Fortune...Cette
façon
de revisiter
les
événements,
les
souvenirs,
les
visages
qui
dessinent
les
étapes
de notre
histoire
me réjouit. A
tes
côtés,
j'ai
essayé
d'aborder
chaque
rencontre
comme
une
occasion
de devenir
plus
libre.
Tu m'avais
rapporté
que,
dès
l'aurore,
Marc
Aurèle
gardait
à l'esprit,
pour
rester
en paix,
qu'il
pouvait
croiser
à tout
moment
un indiscret,
un ingrat,
un fourbe,
un violent,
un égoïste.
Il s'agissait
de se
préparer
au pire,
pour
glisser,
sans
attente,
dans
la journée.
Pour
ma part,
j'aimerais
me risquer
à considérer
chaque
individu
que
je côtoie
comme
un maître
en humanité.
Car
l'autre,
en incarnant
dans
sa vie
une
manière
particulière
d'être
pleinement
humain,
peut
me prêter
des
repères
pour
édifier
ma personne.Mais,
tu me
l'accorderas,
très
chère
amie:
ce n'est
pas
nécessairement
les
grands
de ce
petit
monde
qui
instruisent
le mieux.
Même
un facheux
peut
livrer
sa leçon! La
lecture
et la
méditation
des
Anciens
m'ont
également
construit.
J'ouvre
un livre
et voilà
qu'un
auteur
me parle,
me délivre
aussitôt
son
enseignement.
Ces
indéfectibles
compagnons
m'ont
prêté
main
forte
dans
les
moments
délicats.
aujourd'hui,
je me
suis
choisi
de nouveaux
compagnons
pour
bâtir
dans
la joie.
"Choisir"
ne convient
pas
vraiment,
car,
tu le
verras,
l'existence
m'a
aussi
imposé
pour
maîtres
de curieux
personnages
que
je ne
désirais
pas.
Avec
toi,
je souhaite
prendre
le temps
de relever
les
défis
qu'ils
me lancent. Tu
te demandes
ce que
j'ai
retenu
de nos
entretiens.
Je peux
te le
dire,
le point
sera
vite
fait....D'abord
philosopher
a été
pour
moi
l'occasion
de me
repérer
dans
un monde
qui
m'échappait
tout
à fait,
de me
donner
un but:
assumer
la réalité,
accomplir
joyeusement
le métier
d'homme.
J'ai
alors
cherché
avec
toi
des
outils
existentiels
pour
vivre
meilleur
et accepter
ma singularité.
Pour
éviter
de souffrir
davantage,
tu m'as
très
tôt
appris
les
méthodes
stoïciennes.
Par
exemple,
celles
que
j'évoquais
tout
à l'heure:
la préparation
au pire.
Paradoxalement,
l'exercice
ne m'a
pas
détaché
de l'avenir,
mais
ouvert
davantage
à lui.
Je t'endends
encore
deviser
sur
Epictète
prévenant
celui
qui
a l'intention
de jouir
des
bains
en toute
liberté
: "Quand
tu te
prépares
à faire
quoique
ce soit,
représentes
toi
bien
de quoi
il s'agit.
Si tu
sors
pour
te baigner,
rappelles-toi
ce qui
se passe
aux
Bains
Publics
: on
vous
éclabousse,
on vous
bouscule,
on vous
injurie,
on vous
vole.
C'est
plus
sûrement
que
tu feras
ce que
tu dois
faire,
si tu
t'es
dit
: "je
vais
aller
aux
bains
et exercer
ma liberté
de choisir
en accord
avec
la nature.".
De même
pour
les
autres
tâches.
Car
ayant
fait
cela,
s'il
arrive
quelque
chose
qui
t'empêche
de tes
baigner,
tu auras
la réponse
toute
prête
: "je
ne voulais
pas
seulement
me baigner,
mais
exercer
ma liberté
de choisir
en accord
avec
la nature;
si je
me mets
en colère
à cause
de ce
qui
m'arrive,
ce ne
sera
pas
le cas." Aujourd'hui
encore,
j'envisage
toujours
le pire
avant
une
conférence,
me figurant
devant
une
salle
vide
ou imaginant
être
mal
reçu.
Ainsi,
je savoure
à fond
l'accueil
presque
inattendu
qu'on
me témoigne,
et si,
au contraire,
l'auditoire
est
désert,
je ne
tombe
pas
des
nues. Avec
constance
tu m'as
incité
à ne
pas
attacher
mon
bonheur
à un
événement
particulier
pour
composer
avec
ce qui
advient.
Néanmoins,
je pressens
qu'un
équilbre
délicat
est
requis,
car
la préméditation
du malheur
risque
fort
de verser
dans
une
sombre
rumination.
|